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Dossier

La sécurité de proximité, un enjeu crucial

Mise à jour le 15/06/2021
INCIVILITÉS, PETITE DÉLINQUANCE, TENSIONS ENTRE JEUNES … AVEC UNE POPULATION ÉQUIVALENTE À CELLE DE BORDEAUX, LE 15E ARRONDISSEMENT CONNAÎT LES PROBLÉMATIQUES DE TOUTE GRANDE VILLE. MALGRÉ DES MOYENS PARFOIS LIMITÉS, LA MOBILISATION DE TOUS LES ACTEURS SUR LE TERRAIN, LA CRÉATION DE LA POLICE MUNICIPALE PARISIENNE ET LES OPÉRATIONS DE PRÉVENTION AU NIVEAU DE L’ARRONDISSEMENT ASSURENT LA SÉCURITÉ AU QUOTIDIEN.
Si les confinements successifs ont permis une légère baisse de la délinquance (cambriolages, agressions), des problématiques récurrentes ont marqué l’actualité de ce début d’année 2021, en particulier l’agression du jeune Yuriy en janvier sur la dalle de Beaugrenelle.
Cet événement a mis en lumière le phénomène de rixes entre bandes, qui a pris une ampleur particulière tant par sa violence que par la diffusion rapide des images sur les réseaux sociaux.
« Ce type de rassemblement de mineurs n’est pas nouveau, les protagonistes sont de plus en plus jeunes (parfois 11 ans) et violents, et il démarre souvent pour des motifs futiles », déplore le Maire du 15e Philippe Goujon.
Face à cette violence, il a souhaité poser les bons diagnostic à savoir pourquoi ces affrontements, entre quelles bandes - interquartiers au sein de l’arrondissement ou avec des jeunes venus des villes proches - comme dans le cas du lynchage de Yuriy par des individus originaires de Vanves et Boulogne. Plusieurs groupes de travail se tiennent régulièrement, ainsi que des tables rondes réunissant les différents acteurs concernés (police, justice, associations, bailleurs sociaux), autour de Philippe Goujon, Nicolas Jeanneté, conseiller de Paris, délégué auprès du Maire du 15e et Anthony Samama, adjoint au Maire, tous deux chargés de la tranquillité publique, de la prévention et de la police municipale.
Pour la dalle de Beaugrenelle, ont été annoncés, lors de la réunion du 18 février, un renforcement des effectifs de la DPSP dans le 15e et l’installation de nouvelles caméras.

Trois axes de travail

La Mairie travaille sur trois axes : mieux prévenir, mieux alerter et mieux accompagner.
Ainsi, elle se félicite de la signature entre la Ville de Paris et Issy-les-Moulineaux d’une nouvelle convention de coopération pour désenclaver le quartier des Frères Voisin.
« Cet accord permettra d’organiser des actions de prévention - rencontres sportives et culturelles, accès aux infrastructures d’Issy pour les habitants des Frères Voisin - mais aussi d’avoir une boucle d’alerte commune pour échanger avec les clubs de prévention, les éducateurs de rue, la police municipale et même les élus », souligne Nicolas Jeanneté, rappelant que des actions sont menées depuis 2019 entre les deux municipalités.
« Il faut développer ce type d’accord avec d’autres communes, avec toutes les communes limitrophes du 15e : Vanves, Malakoff, Montrouge et même Boulogne. C’est le cœur du processus de prévention »
Par ailleurs, le dispositif de sécurisation dans le quartier Amiral Roussin a été renforcé avec « notamment la présence renforcée d’une caméra de vidéoprotection supplémentaire, la présence d’éducateurs spécialisés. Nous travaillons avec Paris Habitat pour mettre en place des mesures de prévention situationnelle », précise Anthony Samama. Pour le quartier Bargue-Falguière, théâtre de violences contre la police et les pompiers en mars, plusieurs actions ont été lancées : « Nous avons renforcé la présence de médiateurs dans ce quartier et nous sommes en train d’organiser un « boot camp » avec des jeunes mineurs du quartier. Ce projet a pour objectif, à travers la découverte de jeux sportifs, de diffuser des valeurs de respect, de favoriser la rencontre et l’interconnaissance dans un contexte apaisé », indique Anthony Samama. « Quant à la sécurisation des lieux, nous avons demandé à la police et à la DPSP de renforcer leurs passages. Nous avons également lancé, grâce au budget participatif, un grand projet d’urbanisme pour rénover le quartier avec la démolition de la dalle, permettant l’aménagement d’une placette végétalisée, le réaménagement de la place Kandinsky, ou encore l’agrandissement et la réhabilitation du conservatoire Frédéric Chopin et la rénovation du gymnase Falguière. » La question est également posée de la fermeture de la rue Aristide Maillol.

Une police municipale parisienne

Adoptée le 15 avril, la loi de sécurité globale prévoit la création d’une police municipale pour Paris, qui jusqu’à présent n’en avait pas en raison du statut particulier de la ville. Les corps de la police municipale seront créés par décret en Conseil d’Etat, après avis du Conseil de Paris, ce qui devrait la rendre effective à l’automne prochain. Les actuels 3 300 agents de surveillance de Paris (ASP), inspecteurs de sécurité de la Ville de Paris (ISVP) et agents d’accueil et de surveillance de la Ville de Paris (AAS), qui relèvent de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP), vont bénéficier d’une formation complémentaire.
D’ici à 2024, la police municipale parisienne (PMP) devrait compter 5 000 agents, selon les engagements de la mairie centrale, même si leurs prérogatives restent trop limitées pour mener à bien leur mission.
« Il faut que la police municipale assume des missions de sécurité publique de proximité et de lutte contre la délinquance du quotidien qui empoisonne la vie des Parisiens », plaide Anthony Samama, souhaitant que ses agents soient armés et gérés à l’échelle de l’arrondissement. En effet, le Maire d’arrondissement ne dispose d’aucun pouvoir de police.

GPIS

Autre acteur moins connu qui participe au quotidien à la lutte contre les incivilités et la petite délinquance, le groupement parisien inter-bailleurs de surveillance (GPIS) qui assure la sécurité des ensembles immobiliers sociaux et de leurs locataires. Déployé en soirée (à partir de 17h30) et la nuit, il intervient de sa propre initiative ou à l’appel des locataires dans les parties communes. Dans le cadre de la loi sécurité globale, ses vigiles pourront constater et verbaliser certaines infractions (nuisances sonores, dégradations de biens, incivilités) car assermentés. « Ils sont un maillon indispensable à la tranquillité et à la sécurité publique, que la mairie du 15e associe à toutes les réunions de sécurité dans l’arrondissement », indique Nicolas Jeanneté, conseiller de Paris. « Il y a de plus en plus d’opérations communes montées avec la police nationale, et il faudra ajuster leur rôle avec la future police municipale, en coordination avec la police nationale »

Protection des personnes vulnérables

  • STOP Homophobie : la Mairie du 15e s’engage à poursuivre son travail de prévention, ainsi qu’à accompagner et valoriser la vie associative et militante du milieu LGBTQI+ parisien. Trois associations militantes : « Stop homophobie », «SOS homophobie» et «Le Refuge» ont ainsi pu exposer leur action en Mairie.
  • Paris Tranquillité Senior : ce service gratuit permet à une personne âgée de se rendre à la banque pour retirer ou déposer de l’argent, accompagnée par un inspecteur de sécurité de la Ville de Paris. Ce dernier se présentera au domicile, en tenue civile mais avec sa carte professionnelle. Il faut prendre rendez-vous au préalable au 01 42 76 77 77
  • Un référent pour les violences faites aux femmes : le commissariat du 15e arrondissement dispose d’un référent au sein de la brigade locale de protection de la famille (BLPF), chargée de recueillir les témoignages et les plaintes des victimes de violences conjugales et interfamiliales : 01 53 68 82 22. Une psychologue et un intervenant social sont également rattachés à la BLPF

« La sécurité des habitants du 15e est notre priorité »

ENTRETIEN CROISÉ AVEC ANTHONY SAMAMA ADJOINT AU MAIRE CHARGÉ DE LA TRANQUILLITÉ PUBLIQUE, DE LA PRÉVENTION ET DE LA POLICE MUNICIPALE ET NICOLAS JEANNETÉ, CONSEILLER DE PARIS, DÉLÉGUÉ AUPRÈS DU MAIRE DU 15E, EN CHARGE DE LA TRANQUILLITÉ PUBLIQUE, DE LA PRÉVENTION ET DE LA POLICE MUNICIPALE, VICE-PRÉSIDENT DE LA COMMISSION ESPACE PUBLIC, TRANSPORT ET SÉCURITÉ AU CONSEIL DE PARIS :

L’ACTUALITÉ RÉCENTE A MIS EN LUMIÈRE LA VIOLENCE DE MINEURS DANS LE 15E. COMMENT LA MAIRIE PEUT-ELLE AGIR POUR LA LIMITER ?

Anthony Samama : Le nombre de rixes est relativement stable ces dernières années, mais celles-ci sont de plus en plus violentes et impliquent des adolescents de plus en plus jeunes. L’étincelle qui fait éclater une rixe est bien souvent d’une grande futilité, et les réseaux sociaux jouent souvent un rôle clé. Nous devons renforcer encore davantage notre vigilance sur ces plateformes numériques.
Nicolas Jeanneté : À la tête de ces rixes, il y a toujours un meneur qui, lui, est en rupture de lien que ce soit l’école ou la famille. Il faut repérer ce type d’individu en amont et essayer de l’accompagner dans des mesures éducatives avec les services sociaux. Nous concentrons nos efforts sur la prévention, grâce au travail avec les éducateurs de rue, l’association ARC-EA 15, les médiateurs.
A. S. : En décelant les signaux faibles (absentéisme, bagarre à l’école), il est possible d’éviter la spirale de la délinquance. Nous avons fait entrer le 15e arrondissement dans le GLTD Bandes (Groupement Local de Traitement de la Délinquance des bandes) et la CENOMED (Cellule d’échange d’informations nominatives pour les mineurs en difficulté), ce qui nous permet de suivre individuellement les jeunes en difficulté et de leur apporter des réponses socio-éducatives personnalisées. Un dispositif local d’alerte a également été mis en place, permettant de prévenir les troubles à l’ordre public. Notre objectif est triple : mieux prévenir, mieux intervenir et mieux accompagner les jeunes impliqués. La sécurité des habitants du 15e est notre priorité.
N. J. : Et nous sommes auprès des familles quand elles découvrent que leur enfant a participé, souvent pour la première fois, à une bagarre. Nous souhaitons d’ailleurs instaurer à la rentrée prochaine une journée d’information sur le phénomène des rixes, dans tous les collèges et lycées, en présence des parents. Enfin nous manquons d’éducateurs et de médiateurs, dont nous avons demandé à la Mairie de Paris le doublement du nombre sur le terrain.

CONSTATEZ-VOUS QUE LA DÉLINQUANCE SE CONCENTRE DANS CERTAINS QUARTIERS ?

N. J. : Nous n’échappons malheureusement pas à une forme de ghettoïsation, dans des quartiers où la mixité sociale n’existe plus, avec 90 % d’immeubles sociaux. Il faut réserver des logements aux classes moyennes, à des gens qui travaillent à Paris et qui ont vocation à y vivre avec des salaires peu élevés (infirmières, policiers, enseignants, petits commerçants). Une population qui fait vivre Paris.
A. S. : La politique de logement social se cantonne à mettre dans les mêmes immeubles des gens très précarisés. Ce qui génère souvent de l’insécurité au quotidien, des violences voire des guet- apens contre la w et les pompiers comme récemment à Falguière. Ce sont des phénomènes intolérables pour lesquels nous sommes très vigilants. Il y a aussi la nécessité d’une réponse pénale plus sévère, que nous ne cessons de réclamer.
N. J. : Nous nous battons d’ailleurs auprès de la Mairie de Paris et la préfecture de police pour multiplier par 5 le nombre de caméras de vidéo protection d’ici à la fin du mandat (90 aujourd’hui NDLR) pour un maillage complet du territoire et pour l’expulsion des familles délinquantes.

LA CRÉATION DE LA POLICE MUNICIPALE PARISIENNE VA-T-ELLE AMÉLIORER LE QUOTIDIEN DES HABITANTS DU 15E ?

A. S. : La future police municipale, réclamée depuis plus de 20 ans, va dans le bon sens… Mais elle ne devrait pas se limiter à un changement d’uniforme pour être efficace. Ses missions ne doivent pas être limitées aux incivilités, mais doivent concerner la petite délinquance.

N. J. : La PMP (Police Municipale Parisienne) n’est clairement pas à la hauteur de nos espoirs notamment parce que, faute de prérogatives élargies, elle ne traitera effectivement que des incivilités. Il est dommage que cette police ne puisse pas effectuer de fouilles ou de contrôle d’identité avec un accès au fichier des personnes recherchées. De plus, elle ne sera pas armée, ce qui nous inquiète car elle devient une cible potentielle avec le mot « police » inscrit dans le dos

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