L’idée bienvenue de Fulgence Bienvenüe : le métro
La station de métro « Montparnasse – Bienvenüe » est desservie par les lignes 4, 6, 12 et 13 du métro parisien. La station fait la jonction entre le 15e arrondissement, le 6e et le 14e. Boulevard Montparnasse, Tour Montparnasse, gare Montparnasse… mais pourquoi ajouter le nom « Bienvenüe » ? Existait-il un M. Bienvenüe ? Etait-il architecte au début du 19e ? Général sous Napoléon ? Réponse :
Fulgence Marie Auguste Bienvenüe : le père du métro parisien
Il naît en janvier 1852 et disparaît en août 1936 à l’âge de 84 ans après une vie dédiée corps et âme à l’ingénierie civile des ponts et chaussées. Le petit Fulgence est le dernier d’une famille de 13 enfants et a été une véritable chance pour la capitale tant ses travaux transformèrent et facilitèrent les déplacements des parisiens, aujourd’hui encore.
Un parcours scolaire sur de bons rails
Fils d’un notaire, Fulgence reçut de son père le goût du sérieux et toute l’application qui lui serait nécessaire par la suite. Le petit dernier de la famille bretonne (Uzel dans les Côtes d’Armor) étonna par son application et ses résultats scolaires :
- Il obtient à l’âge de 15 ans un baccalauréat de philosophie, étant profondément attiré par les textes de Blaise Pascal et de René Descartes, tout deux étant à la fois mathématiciens, physiciens et philosophes.
- Au lycée Sainte-Geneviève il prépare le baccalauréat scientifique ainsi que le concours d’entrée à l’école polytechnique.
- Dans l’école commandée par le général Riffault, Fulgence est mis à disposition d’ Adolphe Thiers pour travailler à la diffusion de messages alors que la guerre contre la Prusse laisse la place à « la Commune de Paris ». Pris à partie par des fédérés et associé à un groupe d’otages, il est sauvé de justesse par celui qui est alors député de la Seine : Georges Clemenceau.
- Agé de 20 ans, le jeune Bienvenüe fréquente le jeune Joseph Joffre et le futur maréchal Ferdinand Foch.
- Le 1er novembre 1872 il est admis 5e sur 18 au Corps des Ponts.
- Le 26 octobre 1875 il est nommé ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées de 3e classe.
Bienvenüe transforme la Province
Les études terminées, Fulgence souhaite retourner en Bretagne, mais il n’est pas libre de choisir : certains lieux sont inaccessibles aux débutants et il se retrouve affecté dans divers endroits qui resteront marqués à jamais par ses réalisations :
- Il est en charge de l’exploitation de 197 km de routes nationales, d’un système hydraulique de 1 400 km et de l’administration de la pêche et des prévisions météorologiques.
- Il travaille sur la construction d’un chemin de fer de Fougères à Vire
- Il réalise la ligne entre Alençon et Domfront
- Pour la qualité de son travail, ayant surmonté de grosses difficultés sur le terrain, il est proposé pour la Légion d’Honneur en 1879, à l’âge de 27 ans.
- Il travaille sur le tracé de la ligne de Pré-en-Pail à Mayenne et use de la manière forte pour se frayer un chemin à travers le paysage : la dynamite, le détonateur et le perforateur à percussion.
1881 : l’année du tourment et du tournant
Le 25 février 1881, Fulgence assure la sécurité des ouvriers au détriment de la sienne : il est projeté sur la voie au cours d’une manœuvre et se retrouve amputé de son bras droit. Le 2 mars, cinq jours après la perte du bras dont il a été « exproprié » comme il s’amusait à le dire, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur.
Le succès fulgurant du métro de Fulgence : la montée à Paris
La perte de ce bras n’enleva rien à la force de la détermination de l'homme. Le milieu des ponts et chaussées connaît le talent de Fulgence Bienvenüe et l’on continue de lui confier des postes et des projets importants :
- En février 1884 il est affecté au 1er arrondissement de la 1ère section du contrôle de l’exploitation des chemins de fer de l’Est
- Il fait construire la ligne Paris-Strasbourg jusqu’à Epernay
- Il contrôle les 247 kilomètres des chemins de fer du Nord
- Il fait percer l’avenue de la République dans le 20e arrondissement de Paris et aménage le parc des buttes Chaumont
- Il conçoit le tramway funiculaire pour faciliter le transport des ouvriers devant rejoindre des quartiers en hauteur (Belleville) après leurs journées de travail.
- En 1891 il devient ingénieur en chef affecté à la résolution de problèmes liés à l’alimentation en eau potable, puis responsable du service de la dérivation.
A la fin de l’année 1895, une dépêche ministérielle reconnaît à la Ville de Paris le droit de réaliser une desserte permettant une meilleure circulation de la population parisienne, surtout que l’Exposition Universelle de 1900 approche à grands pas. La loi du 30 mars 1898 déclare d’utilité publique l’établissement dans la capitale du futur métro : le Chemin de Fer Métropolitain.
- Fulgence se consacre uniquement à cette tâche et contribue fortement au succès de l’opération : la première ligne reliant la Porte de Vincennes à la Porte Maillot est achevée en seulement 2 ans.
- Bienvenüe est promu au grade d’Officier de la Légion d’Honneur le 19 juillet 1900
- En 1903, les lignes 2 et 3, longues de 42 kilomètres, sont mises en place.
- Il faut tout le talent de l’ingénieur Jean Résal (considéré comme le plus grand concepteur de ponts métalliques de la fin du XIXe) et l’expérience de Jean Chagnaud (futur président du syndicat des entrepreneurs de travaux publics en 1911) pour couronner de succès le tracé de la ligne 4 qui nécessite de passer sous la Seine.
Le grand amoureux
Fulgence Bienvenüe était un grand amoureux : de Paris, (dont il ne put se défaire au point de ne pas retourner finalement dans sa région natale, comme il l’avait prévu), et également de sa femme et de son pays auquel il était entièrement dévoué :
- Le 28 avril 1909, Bienvenüe épouse Jeanne Loret
- Il reçoit le grand prix Jean-Jacques Berger de l’Académie des Sciences : « Prix annuel, qui sera successivement décerné par les cinq Académies aux œuvres les plus méritantes concernant la ville de Paris », comme le définit l’ASMP, « l’Académie des Sciences Morales et Politiques ».
- Le 3 août 1914, à l’âge de 62 ans, il obtient sa mobilisation comme Colonel du Génie pour participer à la mise en état de défense du camp retranché de Paris alors que les allemands approchent
- Les récompenses se suivent : en 1924 il reçoit la Grande Médaille d’or de la Ville de Paris et en 1929 il devient Grand Croix de la Légion d’Honneur
Fulgence Bienvenüe s’éteint le 3 août 1936. Une disparition quelque peu occultée par les funérailles du pionnier de l’aviation française Louis Blériot, mort la veille, à Paris.
Le nom de « Bienvenüe » a été donné à une ancienne station de Métro se situant derrière la gare Montparnasse, à quelques rues de la station Montparnasse. Un long couloir est installé à la fin des années 30 pour relier les deux stations. C’est le 6 octobre 1942 qu'elles fusionnent sous le nom de « Montparnasse – Bienvenüe ». A la limite du 15e et des arrondissements du 6e et du 14e, la station voit s’entrecroiser les lignes 4, 6, 12, 13 et permet la correspondance avec la gare Paris-Montparnasse et le RER.